20 Superstitions et leurs Obscures Origines

ABRACADABRA :

Cette invocation est jugée souveraine contre les mauvaises influences et les risques de maladie. Surtout si elle est gravée en triangle sur une médaille qui ne vous quitte pas. Le mot n'est en fait que la déformation de Abraxas, nom d'un dieu syrien à tête de coq. La religion syrienne antique est l'une des sources de la sorcellerie.


ALLUMETTES :

Ne pas allumer trois cigarettes avec une seule allumette est devenu une preuve de bonne éducation, mais n'est-ce pas celle d'une crédulité tenace ? Que cela soit pendant la guerre de 14-18 ou celles des Boers, toujours est-il qu'allumer une, deux, trois cigarettes à la même flamme correspondait à l'idée que l'ennemi avait le temps de repérer, d'épauler, d'ajuster son tir et, à la troisième cigarette allumée, de tirer et de tuer le troisième fumeur. Pour les prisonniers russes, seul le prêtre orthodoxe a le droit d'allumer trois cierges avec le même feu.


CHAT :

Le chat noir porte-t-il malheur ? Ce préjugé est à ce point ancré dans les esprits que, de nos jours encore, bien des gens hésitent avant d'adopter un chaton noir. L'Église catholique a voulu ignorer le chat parce que l'Égypte en avait fait un dieu et que la Grèce l'avait consacré à Diane, déesse nocturne. Sa vie nocturne et sa sexualité bruyante sont responsables du reste... " Savez-vous pourquoi le chat, tout au long de la journée, dort l'hiver au coin du feu et l'été au soleil ? C'est que la nuit, il emporte les sorcières au sabbat pour de folles orgies ! " L'Inquisition associe sorcières et chats noirs sur les bûchers.


COCHON :

Le petit cochon porte bonheur... Le rapport cochon-argent est très fort ! Au Moyen-Age, quiconque possède un cochon ne peut tomber dans la misère. La tradition s'est maintenue, en posséder un... en pain d'épices, en bijou ou en tirelire porte chance. C'est un signe de prospérité et la tirelire sera toujours pleine.


ÉCHELLE :

Passer sous une échelle porte malheur... La croyance veut que l'échelle double forme avec le sol un triangle, tout comme l'échelle simple en forme un avec le mur et le sol, or le triangle est une figure magique qu'il est dangereux de rompre... C'est commettre un redoutable sacrilège.


LAPINS :

Mieux loti que son cousin le chat, le lapin qui hante la mythologie fait également partie du bestiaire lunaire, indissolublement lié à l'antique déesse-mère Terre-Lune. Les Aztèques expliquaient les taches lunaires par la présence d'un lièvre ou d'un lapin. Particulièrement prolifique, il est une des images de la fécondité. Dans les tapisseries de la fin du Moyen-Age, il voisine avec les oiseaux et les fleurs pour évoquer le paradis. En Amérique, on dit que le petit lapin naît les yeux grands ouverts et qu'ainsi il détecte et écarte les mauvais esprits, dès sa naissance.


BOSSU :

La bosse du bossu servit d'écritoire en 1716, sous la Régence, aux bourgeois pressés de s'enrichir et de convertir leur argent en billets de banque du système Law. Des fortunes colossales changèrent de main jusqu'en 1720... La bosse apporterait-elle la richesse ?


SOURIS :

La petite souris... Les dents de lait d'un enfant à la campagne étaient jetées en terre, dans un trou de souris, pour que les nouvelles dents repoussent aussi fines, blanches, brillantes et solides que celles de la souris.


MIROIR :

Briser un miroir porte malheur. Sept ans, dit-on. Une croyance veut que dans un miroir on voit son double. Si le miroir casse, le double aussi... Sinistre prédiction. La coutume paysanne, au siècle dernier encore, voulait qu'on voilât les miroirs de la maison où se trouvait un mort.


PAIN :

Au Moyen-Age, dans les boulangeries, le pain du bourreau était mis à part et tourné sur l'envers. Aujourd'hui, on retourne un pain posé à l'envers sur la table... tradition oubliée de la peur de voir arriver le bourreau chez soi !


VENDREDI :

Jour de Vénus, déesse de la force vitale indispensable mais perturbante. Le vendredi était un jour plutôt néfaste dans l'antiquité. Le Christ fut crucifié un vendredi. Tout concourt à faire peser sur cette journée de fort nombreuses suspicions.


FER A CHEVAL :

Le fer à cheval porte bonheur : cette coutume viendrait d'Italie. Cloué sur les portes, branches en l'air, il capterait les énergies du ciel. Le fer à cheval continue à perpétuer la valeur symbolique du cheval qui était indispensable aux déplacements, au travail des champs et à la guerre. Tourné vers le côté droit, le fer à cheval représente la lettre C, initiale du Christ ! On dit aussi que Jeanne d'Arc, traversant Chablis en 1429, fit clouer un fer à cheval sur la porte de l'église collégiale de Saint-Martin en signe de dévotion envers ce saint patron des cavaliers.


VERT :

Au Moyen-Age, il n'existait pas d'asile psychiatrique. Les fous circulaient en liberté. Simplement, on les contraignait à porter des vêtements verts. De là à ne plus vouloir porter de vert sur soi, il n'y a qu'un pas vite franchi.


TRÈFLE :

Le trèfle à quatre feuilles est rare, il est encore plus apprécié s'il a cinq feuilles, c'est le n°1 des porte-bonheur ! La légende veut qu'Eve en emportât un quand elle fut chassée du paradis... Plus simplement, rappelons que le trèfle et la luzerne sont les " desserts " préférés du bétail. " Avoir du trèfle ", c'est vivre dans l'abondance, être chanceux. Chaque feuille a une vertu particulière : une pour la richesse, l'autre pour l'amour sincère, la dernière pour la santé.


OEILLETS :

Offrir des oeillets porterait malheur ! Sauf information contraire, cette superstition aurait une origine historique relativement récente. Au siècle dernier, un directeur d'opéra avait trouvé un moyen élégant de renvoyer la cantatrice qui ne lui convenait plus : il lui faisait envoyer une magnifique gerbe d'oeillets avec tous ses regrets.


TREIZE :

Dans l'antiquité le nombre 13 avait déjà une double renommée. Philippe de Macédoine, ayant ajouté sa statue à celle des douze dieux majeurs, lors d'une procession, mourut assassiné le lendemain. La Kabbale dénombrait 13 esprits du mal. Le soir de la Cène, quand le Christ fut trahi par Judas, ils étaient 13 à table. Et le 13ème chapitre de l'Apocalypse est celui consacré à l'antéchrist, à la bête. Cependant, le 13ème dans un groupe apparaît souvent comme le plus important, le plus éminent. Parmi les dieux de l'Olympe générés par le Chaos, Zeus, le 13ème, avait naturellement imposé sa suprématie. Ulysse, parcequ'il était le 13ème de son groupe, échappe à l'appétit dévorant du Cyclope. Et après tout, le Christ était le 13ème à sa table et sa mort n'était que la condition nécessaire à sa résurrection. Dans le jeu de tarot, la 13ème lame n'a pas de nom : elle représente la mort avec sa faux. Elle annonce la fin de quelque chose et la renaissance d'autre chose. Chiffre passage, le treize est donc à juger, selon son tempérament : Gérard Philippe avait ôté un " p " à son nom pour qu'il comporte 13 lettres. Claude Lelouch ne jure que par le chiffre treize. Son nom a aussi 13 lettres. Sa maison de production aussi, fondée un vendredi 13, a pour nom : les Films 13 !


BOIS :

Toucher du bois rond non peint porte bonheur, dit-on. C'est l'ancienne survivance des rites agraires. Toucher un arbre, c'est échanger ce que l'on peut avoir de néfaste en nous contre la force vitale et tutélaire de l'arbre, puisée directement dans la terre pour lui permettre de pousser jusqu'aux cieux.


GAUCHE :

Les Romains tiraient présage du vol des oiseaux, ceux qui volaient à gauche et en nombre impair étaient de funeste augure. En latin, gauche se dit sinister, origine de notre adjectif sinistre. Le mot gauche est resté dans de nombreuses expressions populaires : se lever du pied gauche, passer l'arme à gauche... En Vendée, qu'une pie traverse de gauche à droite le chemin emprunté par une noce, et malheur à la mariée. En revanche, l'oreille gauche qui siffle est signe que l'on parle de vous en bien. Vous marchez du pied gauche sur une crotte, c'est une promesse d'argent. Là, les superstitieux rejoignent les psychanalystes qui relient symboliquement l'argent et les excréments.


FÈVE :

La fève de la galette de l'Épiphanie porte chance à celui qui la trouve. Modeste graine au Moyen-Age, la fève est un vestige des fêtes païennes qui célébraient la fin de l'hiver. La promesse de fécondité qu'elle représente était encore bien perçue au début du siècle où l'on conseillait aux jeunes filles de ne pas avaler la fève. Une mise en garde quelque peu paillarde contre les grossesses non désirées.


ÉTERNUER :

Éternuer est un heureux présage. "A vos souhaits" dit-on généralement. Mais la tradition coquine veut que dans le Berry, on préfère dire : " Dieu te bénisse... et te fasse le nez comme j'ai la cuisse et le menton comme j'ai le croupion. " Fine plaisanterie à éviter... Mais pourquoi ces souhaits ? Certains affirment commémorer le fait que le Saint-Esprit aurait éternué en annonçant à la Vierge qu'elle était bénie entre toutes les femmes. L'éternuement serait le signe du départ temporaire de l'âme et de son retour dans le corps.